Je me suis petit suicidé électroniquement il y a quelques temps. Ceux qui connaissent le Pythonscope ET mon ex-profil facebook (j’ai testé pour vous !) s’en seront rendu compte, mais on s’en contrefout, en fait, c’est la contre-idée qui m’intéresse (j’y reviendrai dans ma conclusion) : l’anti-relation entre le Pythonscope et mon ex-profil facebook.
J’ai testé pour vous !
J’étais inscrite sur facebook depuis 2007. Oui, ça aussi je m’en suis rendu compte il y a quelques jours. Je crois que c’était sur la fin de l’année que je me suis inscrite, je me suis donc envoyé quatre ans et demi de facebook dans les dents. Quatre ans et demi de vol ! Je n’ai aucune envie de savoir combien de temps j’ai passé (de façon active ET – surtout ? – inactive sur ce site), je ferais une syncope.

Donc, tout ce que je vais vomir juste après ne vient pas de nulle part : j’ai bouffé du fecabook avant de le recracher, c’est pas du vomi gratuit, j’ai tout testé, pendant quatre ans et demi. J’ai utilisé facebook dans ses moindres applications, j’ai fouiné les moindres recoins.
Et j’ai vomi.
Le manque (et la chute) de confiance en soi ou la puissance destructrice de la comparaison avec l’autre
De quatre ans et demi de facebook à observer les comportements et perdre mon temps sur le site, j’en ai conclu, à titre individuel, et de nombreuses études l’ont fait avant moi, que plus je passais de temps sur facebook, plus je passais de temps à me comparer aux autres – sans forcément que ce soit de façon très consciente de ma part – et quels autres ! Des gens qui, le plus souvent, n’ont absolument aucune importance pour vous dans la vraie vie : ex-poufiasse détestée du lycée, vague copine qui est venue à votre fête d’anniversaire en primaire, gueux de prépa imbuvable, radasse de votre école de commerce imprimée sur votre jeu de fléchettes, ancien prof avec qui ça fait bien d’être en relation sur facebook, gras du bide qui vous a dragué à la fête d’un pote en 2009, collègue autosuffisant mais que tous vos collègues ont comme ami et-que-ça-le-fait-pas-si-je-l’ai-pas-en-ami-moi-aussi, j’en passe et des meilleures (faites pas genre vous reconnaissez pas vos amis facebook…).

La question est :
POURQUOI ?
L’idée d’avoir autant d’amis, qui servent à rien ? Pourquoi suivre, pour ne pas dire admirer, virtuellement, des gens que physiquement vous fuyez comme la peste ? Nous touchons du doigt, au-delà de la curiosité malsaine intrinsèque à l’humain, la reconnaissance sociale électronique. Ainsi que sa néfaste sœur : la chute de l’auto-estime. Le monde virtuel a quasi gagné l’importance du palpable, voire plus dans certains cas.
Donc : les rockstars, il y en a eu au lycée, il y a cette collègue, là, ou ce patron, ou ce pote d’un pote, que tout le monde aime et suit. C’est la même chose en pire sur facebook, et n’est pas forcément rockstar dans la vraie vie qui l’est sur la toile et vice versa, on connaît les joies de la tromperie électronique (combien de meufs à la photo de profil portablisée dans le miroir, sont des boudins hideux dans la vraie vie ?) – sans pour autant aller contre. Car quand on est du côté auto-destruction de la barrière (de l’autre côté, ce sont les rockstars narcisses), on s’en fout qu’elle soit moche en vrai, on n’y pense même pas : c’est une rockstar virtuelle et c’est tout ce qui compte, il-ou-elle a réussi sa vie, lui-ou-elle, il est du côté rockstar narcisse et tout le monde l’admire.
(Ce sont des PARASITES. Des INUTILES sur pattes. Ouvrez les yeux.)
Seulement voilà, moi, sans brimer ceux qui sont encore sur facebook et s’y sentent bien, ou ne s’y sentent pas/plus bien mais pour diverses raisons honteuses n’arrivent toujours pas à se décider qu’ils peuvent vivre sans (une fois que je n’aurais plus facebook, que va-t-il se passer ?…), sans critiquer l’autre donc, faisant simplement référence à ma propre expérience, je me suis rendu compte dernièrement que je n’avais absolument rien à foutre sur facebook. Rien à y faire dans le sens qu’est-ce que je fous là, et rien à y faire, dans le sens aucune activité intéressante ou productive pour moi ici. La simple acceptation de l’idée n’est pas aisée, imaginez, après quatre ans et demi de lavage de cerveau : facebook, ce sont tes goûts musicaux, tes amis, tes collègues, ton travail, tes photos de soirée, de voyage, de famille, celles de ton chat ou ton chien ou ton lapin nain, tes films préférés (rares sont ceux qui mettent des livres…), c’est ta vie, et maintenant même ta biographie (le passage de crème, pour le narcisse rockstar, le coup de la « biographie »… la version « journal », pour s’autoleurrer qu’on écrit comme dans son journal, en toute intimité, mais avec douze ravagés qui commentent de la merde, et le pire c’est qu’on aime ça – « je like ! »).

Bémol : cette prise de conscience, ce changement d’avis et cette ouverture occulaire est relativement récente (parenthèse : elle a explosé le jour où je suis passée à la biographie involontairement ; j’ai d’abord mis mon facebook en langue pirate, avant de cliquer un peu partout sans rien comprendre au pirate, et je me suis retrouvée avec une biographie irréversible, ce qui a fini d’achever mes nerfs facebookiens). Donc, oui, moi aussi j’ai eu mon heure de gloire facebookienne, j’en ai bien profité pour y balancer des tas de photos de mes magnifiques voyages, albums ouverts que je pouvais envoyer à ma famille sans qu’elle ait besoin d’être sur facebook, commentés par tellement d’amis éphémères de cette époque, oh c’était le bon temps (quand j’avais 479 amis virtuels – qui a dit fictifs ?)…
Le coup du leurre, encore. Moi qui ai du mal à montrer des photos de moi, et/ou de mon mec, de mes voyages, des photos personnelles en gros, à mes proches, de façon physique, à mes grands parents (photos toujours triées avec soin)… “Oui, mais, tu peux gérer les autorisations, qui peut les voir”, etc… (je suis pas née de la dernière pluie, chacun de mes albums avait ses paramètres particuliers)…
“Oui, mais tu peux…”
Oui, mais tu peux laisser facebook utiliser tes données personnelles comme il en a envie et notamment en faire commercialisation. Et tu peux aussi laisser facebook être propriétaire de tes données personnelles (conditions générales d’utilisation, vous savez, le pavé qu’on lit jamais avant de cocher que oui on est d’accord). Par ailleurs, toutes les applications ont accès à toutes nos données personnelles, et comme des bœufs, on est toujours d’accord bien évidemment. On le sait tout ça, on l’a déjà lu X fois, on s’indigne (dans son statut facebook, cela va de soi) parce que nos « amis facebook » s’indignent, et la chantilly retombe, on n’en a rien à cirer, en fait, moins de cinq minutes après on continue à facebooker comme des petits fous, parce que la rockstar a actualisé son statut.
Attends, pour te dire mon degré de facebookisation, un jour, j’ai même mis des liens depuis le Pythonscope vers mon profil facebook j’ai déliré comme une petite folle parce que waouh y avait ma photo de cadavre là dans la colonne de droite… Le jour où j’ai vu que ça marchait, c’est quand j’ai eu une demande d’ami sur fb d’une fille qui aime bien mon blog, redirigée depuis cette même vignette du Pythonscope qui mencionnait mon existence facebookienne : résultat, j’ai flippé, woh, j’aime pas trop beaucoup ça, je sais pas pourquoi j’ai fait ça, un des multiples élans facebookiens stupides qu’on a tous eus, bref, on en sait trop sur ma vie, bye salut à la prochaine, on se verra plutôt sur le Pythonscope, ou mieux pour ceux avec qui je peux, dans la vraie vie.
Adieux facebook
Ma décision était prise, merci la langue pirate, j’allais dire adieux à facebook. Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est pas une mince affaire… En en parlant autour de moi à voix basse (qui sait, je n’allais peut-être pas oser faire le grand saut, alors vallait mieux pas le crier trop fort sur les toits…), on m’a présenté la machine à suicide : j’ai adoré le concept. L’idée : un suicide automatique de tous les grands réseaux sociaux (non-libres) (et inutiles) type facebook, myspace, twitter… A ce sujet, parenthèse, si vous avez le courage de lire en espagnol, cet article est très intéressant.

J’ai voulu tester : j’ai fait un premier mini-suicide en retrouvant mon compte twitter sous des tas de poussières (j’ai jamais rien compris au tweet, contre quoi j’ai redoublé de facebookivité). L’ennui, c’est que facebook, vexé jusqu’au trognon, a fait interdire son accès depuis le site suicidemachine, qui ne fonctionne donc plus avec facebook. Eh oui, pas bête, la bête : l’idée se basait sur le fait de donner son mot de passe, à la suite de quoi un script se charge en direct de le changer (simplement pour ne pas que vous fassiez machine arrière), puis de détruire toutes vos données une par une, avant de faire disparaître vos amis, vos photos… et votre compte. L’intérêt : le temps ! J’ai passé des heures à virer mes amis manuellement, détruire mes albums, virer mes goûts musicaux, mes adresses, mon boulot, mes taggages j’ai abandonné (douze étapes pour virer un tag)… Et suicidemachine le faisait je crois en 35 minutes. Mais facebook a eu gain de cause : suicidemachine ne pouvait pas demander leur mot de passe aux utilisateurs… En revanche, il peut coller vos photos sur des pubs publiques, ça oui. Ce qui me chagrine quand même un peu beaucoup aussi, c’est ça :

Voilà, je rentrerai pas dans la polémique Assange.
Pour conclure, ce que je sais c’est que maviemonœuvre est beaucoup mieux ici que sur ma biographie ou journal (ou appelez-la comme vous voudrez) facebook : je choisis exactement de mettre sur le net le contenu que je veux, en toute conscience, je suis sur un WordPress libre (je suis même passée à Ubuntu après avoir dit merde à Windows, vais-je tomber dans la Linuxologie ?…), j’ai rendu ma carte de dépressive virtuelle construite de toute pièce, ma vie « privée » reprend son sens, mes journées se sont allongées, mes « relations sociales » (les vraies) s’en réjouissent et moi aussi.

ANYMORE